💬 « L’engagement, c’est choisir d’agir là où on pourrait se contenter d’observer. »
Idriss Laouli raconte comment il construit des ponts entre tech, éducation et impact social pour la jeunesse francophone : en transformant sa chance en opportunités pour les autres. De Niamey à Seattle en passant par Toulouse et un MBA américain, aujourd’hui Senior Product Manager chez Amazon Web Services et copropriétaire d’un restaurant au Niger, il revient sur sa trajectoire.
Dans cet épisode, nous explorons l’engagement sans frontières : faut-il partir pour mieux s’engager ? Idriss témoigne de son parcours international, de l’importance d’accepter l’incertitude et de l’impact d’Article 1 / Karatou Post-Bac, puis Gaëtan Zhang (Génération Panasiatique) et Pierre Amougou (Mindsetters / Étudiant Ambitieux) débattent en table ronde sur les diasporas, l’engagement local vs international, la revalorisation des cultures d’origine, l’intersectionnalité et le pouvoir collectif pour débloquer les territoires et les jeunesses marginalisées.
Tu découvriras dans l’épisode :
🔹 Comment transformer son parcours migratoire et ses privilèges en leviers d’engagement durable (mentorat, éducation, entrepreneuriat culturel)
🔹 Pourquoi l’engagement local reste le nerf de la guerre : recréer la solidarité dans les territoires oubliés plutôt que tout centrer sur Paris ou l’international
🔹 Et comment les diasporas et les jeunesses issues de l’immigration portent déjà des dynamiques puissantes (Génération Pan-Asiatique, Mindsetters, Give1Project…) pour bousculer les endogamies et redonner du pouvoir aux plus marginalisé·es
S’engager, c’est la nouvelle saison de Tu feras quoi plus tard ? ! Chaque épisode, c’est :
- 1 table ronde d’experts pour saisir les enjeux
- 1 témoignage inspirant pour découvrir comment agir
Script de l’épisode 7 : S’engager à l’étranger
Témoignage d’Idriss Laouli, fondateur de Karatou Postbac
Table ronde avec Pierre Amougou (Mindsetters) et Gaëtan Zhang (Génération Panasiatique)
Armand Cosseron | 00:03.380
Hello, c’est Armand et tu écoutes « Tu feras quoi plus tard ? »
Louanne de la Motte | 00:07.322
Et moi, c’est Louane, bienvenue. Dans cette saison, nous explorons la notion d’engagement. Nous voulons permettre aux dirigeants d’entreprises et à toutes les personnes qui exercent des responsabilités de porter les engagements qui leur tiennent à cœur au service de la société et de la planète. Ensemble, partons à la rencontre de ces personnes inspirantes. Viens les découvrir et les écouter avec nous.
Armand Cosseron | 00:32.876
Dans ce huitième épisode, nous nous retrouvons autour d’une question, faut-il partir pour mieux s’engager ? Pour y répondre, nous accueillons Gaëtan Chang, il est cofondateur et président de Génération Panasiatique. C’est une association qui fédère la communauté panasiatique pour porter sa voix sur les problématiques structurelles de notre société. Face à lui, nous recevons Pierre Amougou. Chaque jour, à travers des contenus authentiques et inspirants, il aide les étudiants et lycéens à surmonter leurs blocages, trouver leur voie. et bâtir une discipline solide. Son objectif ? Aider les jeunes à passer de l’intention à l’action. Et il revient tout juste des Etats-Unis où il a étudié à Princeton University.
Louanne de la Motte | 01:12.949
Puis nous serons accompagnés d’Idriss Lawali Abdu. Il travaille chez Amazon Web Services aux Etats-Unis aussi où il est Senior Product Manager. Au-delà de la tech, il est aussi copropriétaire d’un restaurant au Niger, un projet qui allie esprit entrepreneurial et valorisation culturelle. Il nous raconte son parcours, on l’écoute.
Idriss Laouli | 01:40.792
Mon parcours a commencé de Niamey du Niger jusqu’à Amazon à Seattle, dans le nord-ouest des États-Unis, en passant par le Maroc, l’Insa, Toulouse en France, puis un MBA aux États-Unis. Et aujourd’hui, je construis des ponts. entre tech, éducation et impact social pour la jeunesse francophone. La rencontre qui a changé ma vie, ça a été ma rencontre avec mon premier mentor, qui était un mentor proposé par l’association Article 1, qui s’appelle Eric Foch. Je venais d’arriver à l’Inside Toulouse et je ne connaissais rien du coup au monde de l’entreprise, en France particulièrement. Et je me sentais un peu perdu. J’étais studieux, mais mes résultats n’étaient qu’en train de chuter. Et un jour, en fait, dans nos échanges, nos rencontres qu’on avait régulièrement, il y avait une phrase qu’il a dit, en fait, qui m’avait, qui avait tout changé. Il a juste simplement dit, si tout marchait avant, pourquoi ça ne marcherait pas aujourd’hui ? Donc, cette phrase m’a aidé à prendre du recul. j’ai compris en fait que Je devais m’adapter à un nouvel environnement, pas juste redoubler d’efforts et continuer à pousser. Donc Eric m’a aussi fait découvrir le MBA, le Master of Business Administration, qu’il avait fait aussi après son parcours à l’INSA. Donc c’était un concept qui m’était complètement inconnu à l’époque. Et maintenant aujourd’hui, à peu près dix ans plus tard, j’ai obtenu mon MBA en 2023. Et aujourd’hui, je travaille chez Amazon. Donc je pense que sans lui, peut-être que le parcours aurait été différent, peut-être plus compliqué. Et voilà, donc maintenant aujourd’hui, ça se passe plutôt bien. Et je dirais même ce que je fais aujourd’hui était auparavant, peut-être 20 ans en arrière, quelque chose qui aurait été hyper impossible. Moi, je pense que c’est quelque chose qui aide aujourd’hui, c’est vraiment de l’accepter, accepter que la certitude fait partie du chemin. Moi, personnellement, j’ai appris à avancer, même sans garantie, à me faire confiance et à créer des opportunités là où il n’y en avait pas. Et c’est là qu’on découle un peu de mon parcours. Partout où j’ai été, souvent, je ne connaissais personne. J’ai toujours été le premier de ma famille à être là où j’étais et du coup, il a fallu se débrouiller. Donc, mon parcours, on va dire, d’expert trié international, mes projets associatifs et même ma carrière dans la technologie, rien n’a été en fait linéaire. Ce qui m’a beaucoup aidé, m’a toujours aidé, c’est de garder une vision claire, d’avoir des objectifs, être entouré et faire un pas après l’autre. Je pense que mon engagement vient beaucoup de mon parcours. J’ai grandi au Niger, j’ai dû quitter mon pays à cause des études, pour aller étudier pour les études parce que ce n’était pas disponible. J’ai dû apprendre. souvent pas facilement des choses pour pouvoir avancer. Et en fait, je me suis toujours dit que beaucoup de gens avaient beaucoup plus de mal que moi. et il fallait partager. Donc, comme je le disais, j’ai grandi dans un environnement où l’accès à l’éducation était un privilège quelquefois parce que c’était aussi l’accès à l’information. Donc, quand j’ai eu de la chance d’étudier à l’international, avoir des bourses d’études qui m’ont facilité la tâche, je me suis senti un peu responsable. Je ne pouvais pas garder cette chance pour moi tout seul. C’est ce qui me pousse et me pousse toujours aujourd’hui à créer des opportunités, notamment à travers. KTV Education, Karatu Post-Bac, et de m’engager pour l’orientation et l’accès à l’éducation. Karatu Post-Bac, Karatu, ça veut dire en fait études, tout simplement, en hausa, ma langue natale. Donc ça veut juste dire études post-bac. C’est une initiative que j’ai lancée alors que j’étais encore étudiant en école d’ingénieur. C’était une application que j’ai développée en premier lieu pour aider les jeunes à découvrir les filières qui existent après le bac, avoir des exemples de parcours de jeunes. qui, comme eux, viennent souvent des mêmes environnements, qui partagent le pourquoi, du comment. Ils ont choisi de faire certaines études, quels sont les obstacles qu’ils ont rencontrés et comment ils ont fait pour les dépasser. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus que ça. C’est aussi une chaîne YouTube qui est vue à peu près par 80 000, 90 000 personnes chaque mois dans le monde entier, avec 55 000 abonnés, je crois, aujourd’hui. et on continue à créer des vidéos, on a créé à peu près plus de 600 vidéos depuis qu’on a commencé et ça fait plaisir en fait chaque jour de se réveiller, savoir qu’on aide beaucoup de gens à découvrir des choses qu’ils n’auraient peut-être pas découvert ou pas facilement en tout cas si ce qu’on fait n’était pas là. Je pense que pour moi l’engagement c’est choisir d’agir. Là où on pourrait se contenter d’observer, c’est transformer ces valeurs en actions concrètes, durables, qui profitent à plus grand que soi. L’initiative qui m’a marqué, et donc on connaît tous aussi, c’est l’association Article 1, parce que j’en suis en fait à la fois bénéficiaire et j’en ai été acteur aussi. J’ai été mentoré, comme je l’ai mentionné plus tôt, à mes débuts en France, puis… Je suis devenu aussi mentor à mon tour et ensuite je suis aussi devenu membre de la communauté des Different Leaders. C’est une organisation qui en fait croit en l’égalité des chances, qui agit concrètement pour accompagner les jeunes issus des milieux modestes vers la réussite académique et professionnelle. Je pense que leur impact est réel, humain et durable. Si tu es un dirigeant d’entreprise et que tu écoutes ce podcast et que tu as envie de t’engager mais tu ne sais pas comment, moi je conseillerais de commencer par écouter et comprendre les besoins réels autour de toi. Ensuite, identifier un domaine où ton entreprise peut avoir un impact cohérent avec son activité, ses valeurs. N’attends pas en fait d’avoir une stratégie parfaite. Le parfait n’existe pas. Après, on commence d’abord et ensuite on ajuste jusqu’à ce qu’on trouve le bon positionnement qui correspond à ce qu’on a comme objectif ou ce qu’on aspire à atteindre. Parce que l’engagement, c’est d’abord une posture, puis un apprentissage continu. Donc on ne finit pas d’apprendre, on continue à ajuster son modèle. En fait, c’est comme une entreprise, on continue à ajuster son modèle à la fonction du besoin. et jusqu’à ce qu’on atteigne l’impact qu’on vise.
Louanne de la Motte | 08:58.926
Merci Idriss pour ton témoignage. Maintenant, nous allons accueillir Gaëtan Zhang et Pierre Amougou pour qu’ils nous partagent leur avis sur l’engagement.
Armand Cosseron | 09:06.356
D’ailleurs, nous sommes très curieux de connaître ton point de vue. Dis-nous en commentaire ce que leur vision t’inspire ou viens nous en parler sur LinkedIn et Instagram. Bienvenue dans ce nouvel épisode de la saison 3 de Tu feras quoi plus tard. Donc aujourd’hui on va parler de l’engagement et de la notion internationale de l’engagement. Ce qu’on a pu voir dans d’autres épisodes, plusieurs des invités ont un peu parlé de ce qui se passe en Europe, de ce qui se passe aussi en Afrique. Et donc on va interroger la question de l’international, de la mobilité dans l’engagement. Donc pour ça, j’ai deux personnes exceptionnelles, très engagées, qui viennent justement apporter leur éclairage là-dessus. Gaëtan et Pierre, je vais vous laisser vous présenter en une petite phrase.
Gaëtan Zhang | 09:58.798
Du coup, moi, je m’appelle Gaëtan. Je suis effectivement engagé à l’échelle associative et à l’échelle aussi plus globale, comme tu dis, internationale. Moi, j’ai cofondé une association qui s’appelle Génération Pays-Asiatique qui engage la jeunesse asiatique sur la question de discrimination et de justice sociale. Et je suis dans un autre collectif qui porte la question des classes populaires et de leur engagement.
Armand Cosseron | 10:28.422
Super, on aura l’occasion d’en reparler juste après. On accueille Pierre aussi qui est avec nous. Bonjour Pierre.
Pierre Amougou | 10:35.010
Bonjour Armand, bonjour Gaëtan. Moi, je suis aussi engagé sur les sujets d’égalité des chances, plus particulièrement sur les sujets d’éducation. Et donc j’ai un peu deux approches, une approche plus de création de contenu à travers le pseudo étudiant ambitieux où l’objectif c’est un peu de lutter contre l’autocensure et un peu de documenter les échecs et les réussites que j’ai pu avoir dans le domaine d’éducation et plus tard de l’entrepreneuriat. et ensuite les Mindsetters, qui est une association que j’ai cofondée avec ma mère en 2022 et qui a pour objectif de donner un pouvoir d’agir aux jeunes au niveau collège et lycée sur les questions de comment on apprend à apprendre à l’aide des neurosciences ou encore comment le football peut nous permettre de mieux nous connaître.
Armand Cosseron | 11:13.661
Bravo pour les initiatives que vous portez tous les deux. Pierre, je te pose la première question. Tu es multi-initiative sur des sujets qui sont assez distincts les uns des autres. Et pour autant, qu’on sait être socioconducteurs, qui sont l’égalité des chances et qui sont l’éducation, d’où ça te vient, toi, cet engagement ? Comment est-ce qu’il est né ? Quand est-ce que ça a commencé ?
Pierre Amougou | 11:38.981
Je pense qu’il est né par l’exemple de ma mère. Donc, ma mère, elle est née au Sénégal. Elle est venue en France quelques mois avant ma naissance. Dans la culture sénégalaise, il y a souvent ce côté, quand on gagne de l’argent, qu’on soit femme de ménage ou autre, on va donner une partie de notre salaire à notre famille. Donc ça a toujours été pour moi normal d’aider. Et ensuite, ma mère avait fait une initiative quand j’étais en CM2. On avait collecté des jouets de camarades de ma classe et on les avait envoyés aux jeunes de mon quartier au Sénégal qui s’appelle Parcellaséni, unité 19. Et quand j’ai pu voir un peu le bonheur que ces jeunes-là avaient, alors que pour nous c’était des jouets qui ne servaient à rien, je me suis dit qu’avec peu, on peut avoir un impact. Mais j’étais très jeune, j’avais 10 ans, 9 ans, donc je ne parlais pas d’engagement. Mais j’ai toujours vu ma mère s’engager. Et ensuite, ma mère, par son travail, elle travaille à la mission locale de Sarcelles. Donc, elle est sur les sujets d’insertion. Des jeunes qui, parfois, n’ont pas de papier, qui n’ont pas de diplôme, qui sont en échec scolaire. Donc, elle les aide et elle me parlait toujours des difficultés qu’elle avait. Mais je n’étais pas plus engagé que ça au lycée, pour être honnête. Mais quand je suis arrivé dans les études supérieures et que je voyais qu’il n’y avait pas de minorité dans ma classe, ou très peu, que certains professeurs pouvaient avoir certains discours envers les banlieusards, je me suis dit que, humblement, il fallait que je… je puisse essayer de faire quelque chose et que je ne peux pas me permettre de dire que les politiques ne font rien si moi-même, quand je peux transmettre une information, transmettre des connaissances, je ne le fais pas. Donc, c’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait que je puisse m’engager en tout cas un minimum pour aider d’autres jeunes, en tout cas, à pouvoir réussir leurs études.
Armand Cosseron | 13:13.532
Donc, c’est vraiment ce côté maternel, ou en tout cas historique, dans ta famille, de pouvoir redistribuer. Puis après, ce que toi, tu as vécu. ce que tu as perçu et toi Gaëtan d’où ça devient ton engagement ?
Gaëtan Zhang | 13:30.098
Oui il y a des choses qui sont assez similaires à Pierre forcément parce qu’on est des enfants d’immigration donc ça joue moi j’ai grandi dans un milieu social plutôt populaire c’est-à-dire que j’ai grandi dans le nord de la France à Lens et à Hénin-Beaumont au début de ma jeunesse mes parents sont allés à Hénin-Beaumont d’abord après avoir vécu dans les quartiers populaires donc il y a un truc aussi de je suis d’un milieu social qui est déjà beaucoup de chômage, beaucoup de difficultés. Et en même temps, il y avait aussi ce truc-là de j’étais une minorité dans une ville où il y avait très peu de minorités. Et la seule famille asiatique, c’était nous, une famille qu’on connaissait, qui était de notre famille. Donc en fait, ça a joué sur le conditionnement, sur plein de choses, sur la question de racisme et tout ce qui va avec. Et après, il y a aussi le fait de, je pense que comme ça, il y a un truc de… Moi, j’ai pas eu un parcours scolaire, enfin sur le papier. qui est stylé au vu de la société, des cadres de la société. Mais en fait, en réalité, il a été laborieux. J’ai eu la chance d’avoir des personnes dans mon environnement qui m’ont aidé à passer ces endroits où je n’étais pas le meilleur. Je n’ai pas eu de mention au bac. Je n’étais pas bon à la fac ou en école de commerce. Et pourtant, à la fin, j’ai pu m’en sortir grâce à ces personnes-là. Donc, il y avait aussi ce truc-là de comment, en fait, tout ce conditionnement, tout ce milieu social où j’ai vécu les discriminations, où je voyais qu’il y avait des discriminations. sociale dans les milieux où j’étais et le fait que je ne sois pas forcément un excellent élève, j’ai eu des gens autour de moi qui m’ont aidé à m’émanciper. Comment tu reproduis cet environnement-là pour des gens, pour les petits frères et les petits sœurs qui arrivent et qui n’ont pas ça dans leur environnement ? Il y a plein d’autres facteurs évidemment qui jouent dans ça, mais il y a quand même ce truc-là de comment, à l’échelle de la jeunesse, tu arrives à réellement émanciper ces jeunes pour qu’ils trouvent leur voie, et pas leur voie qui leur est prédestinée par la société, etc., mais qu’on trouve leur voie. Et pour moi, le bon moyen de faire ça, ça avait été à la fois de faire ces deux assos, parce que clairement, il y en a une qui concerne mon parcours et qui se croise avec la question culturelle. Et ça, c’est hyper important, je trouve, ça joue énormément dans le conditionnement. Et deuxième, c’est parce que aussi, la question de l’origine sociale, elle joue énormément dans le parcours individuel et dans le parcours scolaire. Donc j’avais envie de pouvoir redonner sur ça, et de donner à toutes ces personnes qui n’ont pas cet environnement que moi j’ai eu la chance d’avoir grâce à mes proches, grâce à mes amis et à ma famille, de leur redonner tout simplement.
Armand Cosseron | 15:49.514
Donc la première asso dont tu parles, c’est Génération Pan-Asiatique. Tu veux peut-être nous en parler un peu plus de ce qu’il y a à l’intérieur, de ce que vous avez mis en place ?
Gaëtan Zhang | 15:57.865
Oui, carrément. En fait, c’est une asso qui est portée par des personnes asio-descendantes. Donc on a énormément de diversité asiatique, c’est-à-dire qu’on parle de personnes indiennes, tamous, frélancaises, à des personnes mongoles, chinoises, vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes, etc. Et ces personnes-là, c’est plutôt des jeunes qu’on engage, qu’on forme, comme un qu’on mobilise sur les questions qui touchent les communautés asiatiques et surtout celles qui sont les plus discriminées ou les plus touchées par la précarité. On a pensé cet espace comme un espace d’engagement, mais surtout un espace où tu peux socialiser avec des personnes qui sont différentes, qui viennent de milieux sociaux différents, mais aussi qui s’engagent pour les communautés, parce que recréer la solidarité, refaire la solidarité à travers les jeunes, ça les permet aussi de se rendre compte de ce qui se passe dans la société et trouver des moyens d’émancipation. Donc c’est un peu ce truc-là, cet espace-là, c’est un espace d’émancipation, d’engagement certes, et de mobilisation. mais c’est aussi un espace éducatif et qui te permet de te donner plein d’outils pour la vie professionnelle dans laquelle tu vas ou dans la vie future. Et donc, elle est pensée comme ça. Donc, vraiment, pour la faire simple, c’est vraiment un espace où la jeunesse s’engage pour les communautés asiatiques qui sont marginalisées. Et nous, on fait pas mal d’événements parce que la question asiatique, elle n’est pas forcément mise devant la scène, et encore moins les communautés qui sont en précarité, qui viennent des quartiers populaires, qui sont dans des endroits reculés, etc. on fait ce travail de écouter aussi leurs besoins parce que du coup comme c’est pas mis en exact c’est parce qu’on n’a pas non plus des contacts avec ces personnes là donc on essaie de les interroger à travers les assos d’accès aux droits accès aux logements accès à la santé mais aussi d’aller les voir en fait tout simplement et faire des porte-à-porte et dans toujours ce cadre de de mettre la recherche comme un moyen de créer le sujet sur la société on travaille des labos de recherche autant sur les questions de discrimination que sur les questions de migration même sur les questions coloniales des pays asiatiques qui n’existent pas dans le récit Et à la fin des fins, on forme les jeunes sur différents sujets, que ce soit l’engagement ou tout ce qui est tourné autour de la confiance en soi, de la prise de part en public, toutes ces choses-là, parce que ça leur permet aussi de prendre leur place dans la société.
Armand Cosseron | 17:58.477
Tu parlais de ta deuxième association, et je reviendrai dessus encore un peu plus tard, parce que j’ai une première question qui me vient, justement vous accompagnez sur l’engagement. Est-ce que toi tu observes justement des thématiques d’engagement, des sujets d’engagement ? en particulier comment tu observes la chose de ton côté ?
Gaëtan Zhang | 18:19.060
Nous on construit souvent comme on l’a fait là, on construit à partir de nos histoires comme on est 20, 25, 30 à partir du moment où on raconte nos histoires on sait ce que les gens ont vécu dans cette association-là, ça porte les sujets qu’on va avoir et c’est pour ça qu’on porte une attention forte à avoir une diversité de personnes qu’elles soient d’origine asiatique mais aussi d’origine sociale et aussi toutes les personnes en situation de handicap, queer, trans etc parce que c’est comme ça qu’on on conscientise qu’il y a des… des sujets dans la société qu’on ne prend même pas en compte en réalité. Donc il y a vraiment ce travail-là qu’on fait, et nous on voit plein de sujets, il y a des personnes qui sont très réprimées, qui sont hyper oppressées, donc il y a vraiment une sécurité par rapport à eux, il y a plein de personnes qui sont dans les quartiers populaires, qui vivent dans des logements difficiles, en précarité, qui ont des métiers ouvriers, donc il y a cette question-là par exemple. Et après, sur les questions de santé, il y en a plein, en plus selon les communautés, selon le conditionnement culturel sur la conscientisation de sa santé, mentale ou physique. Et après, la question la plus connue pour les communautés asiatiques, c’est le racisme. Mais du coup, il est très différent entre les communautés sud-asiatiques et sud-est et est-asiatiques. Il y a vraiment énormément de sujets. Et puis après, il y a un sujet plus large, on parlait de l’international tout à l’heure. Les pays dits du sud, je mets entre guillemets « sud » , c’est les personnes qui sont les plus touchées par le réchauffement climatique. et seraient les premiers concernés par le réchauffement climatique. Il y a énormément de gens qui vont être déplacés en termes de réfugiés climatiques, et ces personnes du Sud, c’est nos pays d’origine. Et donc il y a vraiment cet enjeu-là aussi à avoir. Les possibilités sont énormes. Nous, on fait en sorte d’engager les jeunes, de faire de l’éducation populaire pour que ces jeunes s’engagent et prennent conscience de ces sujets-là, et qu’on puisse justement être en aide de ces communautés. qui ont soit pas de voix et leur donner des voix, soit les aider matériellement sur ces sujets-là à terme avec un écosystème associatif qu’on crée ensemble avec des partenaires, etc.
Armand Cosseron | 20:12.060
Si je résume bien ce que tu dis, ces personnes que vous accompagnez, elles s’emparent aussi de sujets qui sont un peu en dehors des radars, mais qui nous concernent tous. Quand on parle des conséquences du réchauffement climatique, même si ce n’est pas forcément dans nos pays aujourd’hui, on sait que C’est commun, c’est partagé à tous, et donc il y a des conséquences. Et Pierre, je crois que tu veux réagir là-dessus.
Pierre Amougou | 20:36.538
Non, je suis juste d’accord avec ce qu’il disait, c’est que le réchauffement climatique, effectivement, ça concerne beaucoup de pays. Et souvent, c’est le paradoxe, c’est que ce n’est pas forcément les pays qui ont causé cela qui vont payer le prix. Donc, par exemple, au Sénégal, je sais qu’il y a beaucoup de problèmes là sur les côtes sénégalaises, parce que je crois que c’est 80% de la population sénégalaise qui vit sur les côtes. et on voit que chaque année en fait il y a des montées des eaux et que Malheureusement, l’État n’a pas forcément les moyens technologiques et financiers de faire face à cette conséquence du réchauffement climatique.
Armand Cosseron | 21:04.749
Et tu parles du Sénégal. Est-ce que toi, tu observes justement des sujets d’engagement ou des manières de s’engager qu’ont les diasporas sénégalaises en France ?
Pierre Amougou | 21:15.905
Je dirais en France et aussi au Sénégal tout court. Beaucoup la politique et le côté indépendance économique et politique. On l’a vu récemment avec l’élection d’Ousmane Sanko. J’étais parti juste avant les élections. D’ailleurs, j’ai vu les affrontements entre la police et la jeunesse. Et j’étais impressionné parce que souvent, je pense que beaucoup de gens de la diaspora africaine, parfois, on a un peu le syndrome du sauveur en se disant, nous, on sait, eux, ils ne vont pas savoir grand-chose. Alors qu’en réalité, ils ont conscience des rapports de pouvoir qu’il y a en Afrique et en France et comment, justement, agir dessus pour avoir un contre-pouvoir par rapport aux opposants. Donc, par exemple, ils vont savoir, la France, elle va intervenir si on va attaquer euh ses intérêts économiques. Ils ont conscience des intérêts économiques de la France au Sénégal. Et donc, les jeunes savaient où il fallait manifester, où il fallait faire des blocus. Donc, j’étais très impressionné aussi de la manière dont ils utilisaient TikTok pour communiquer entre eux. C’est pour ça que l’État avait coupé TikTok et Internet au Sénégal quand on était là-bas. Parce que justement, les gens communiquaient à travers ça. Les jeunes Sénégalais, c’est beaucoup ça. Ils s’engagent beaucoup sur ça. Après, il y a aussi l’égalité homme-femme. de plus en plus d’hommes se marient tôt avec des femmes et font tout pour que les femmes puissent continuer leurs études. Alors qu’il y avait une époque où c’était un peu, la femme, une fois qu’elle se marie, elle arrête ses études et c’est l’homme qui va devoir faire carrière et gérer la famille. Et ensuite, je dirais, pour la diaspora, si on se concentre dessus, je dirais qu’il y a un engagement de revaloriser l’image que les gens de la diaspora ont de l’Afrique. Parce que comme je le disais, on avait souvent le syndrome du sauveur et souvent… c’est de dire, vous prenez pas pour les personnes que vous n’êtes pas, que si on retourne en Afrique, il va falloir apprendre déjà, de, plutôt que penser qu’on va venir apporter nos connaissances, que nos diplômes font de nous des êtres supérieurs. Et ensuite, aussi, moi, j’étais à l’African Business Club.
Armand Cosseron | 23:10.108
Tu veux nous présenter un peu ce que c’est ?
Pierre Amougou | 23:11.483
Oui, l’African Business Club, j’ai rejoint ça en 2019. C’est une association qui a été créée par des élèves de l’ECP Europe, qui a eu pour objectif d’aider en fait, les jeunes diplômés africains. à avoir des opportunités en France. Parce que le fondateur, il avait observé que quand ils sortaient de grandes écoles de commerce, les Africains n’avaient pas les mêmes offres d’emploi que leurs camarades. Donc c’était comment ils pouvaient s’organiser entre eux pour aider les jeunes qui avaient des diplômes comme leurs camarades à avoir les mêmes offres et les mêmes salaires plutôt que de devoir partir à Londres ou à New York pour avoir des meilleurs salaires. Et ensuite, la problématique, c’était comment on pouvait connecter la diaspora au continent. Et donc, durant le Covid, j’avais organisé un événement qui s’appelait African Next Challenge. Et pour faire simple, on avait pris plusieurs entreprises avec des problématiques sur le continent et j’avais fait des équipes entre des jeunes africains et des jeunes de la diaspora africaine aux Etats-Unis et en France pour travailler ensemble sur des problématiques. Et donc, ça a montré qu’effectivement, on s’intéressait aux mêmes problématiques et qu’on avait beaucoup à apprendre de chacun. C’était intéressant, franchement.
Armand Cosseron | 24:14.438
Et aussi, t’es parti deux ans, je crois, aux Etats-Unis.
Pierre Amougou | 24:18.047
En fait, je suis parti deux fois. Je suis parti en 2019 à Berkeley. Et ensuite, en 2024, à Princeton. Donc, j’ai fait deux séjours là-bas, un peu aux États-Unis.
Armand Cosseron | 24:27.680
Est-ce que tu veux nous en parler ? Sur la question de l’engagement aussi, est-ce que tu as pu observer là-bas ou vivre ?
Pierre Amougou | 24:34.485
Je dirais que c’est un peu comme un livre. Parfois, quand on lit un livre sans savoir pourquoi, on va trouver des réponses auxquelles on ne s’attendait pas. Et quand on lit un livre en ayant des questions en tête, on va avoir une autre approche. Et c’est un peu pareil, mes deux séjours aux États-Unis. La première fois, c’était… J’ai perdu du sens dans ma vie, c’est-à-dire que j’étais arrivé en master. Moi, pendant longtemps, je suis à ma mère, où je pense que beaucoup de gens d’ici de minorité, c’est le cas, on leur dit « c’est par l’école que tu vas réussir, travaille bien à l’école » . J’ai écouté les professeurs, etc. Mais je n’aimais pas trop ce que je faisais. Donc, j’étais arrivé en master d’économie et j’étais un peu perdu. C’est-à-dire que je ne me voyais pas faire un doctorat d’économie parce que pour avoir de l’impact, il fallait que j’aille dans le sens des chercheurs. Donc, des fois, j’étais en désaccord avec des chercheurs. J’avais des débats houleux avec eux parce que je n’étais pas d’accord avec leurs résultats. Mais ils me faisaient comprendre que si je n’allais pas dans leur sens, je n’avais aucun avenir dans le domaine scientifique. Et donc, j’étais un peu frustré de me dire, en fait, je n’aurais pas d’impact. et en fait soit j’oublie mes idées pour accepter celle des chercheurs dominants en économie. Ou alors, on me faisait comprendre qu’il fallait aller dans d’autres endroits, mais tu n’auras pas de reconnaissance et tu auras une vie précaire. Donc, j’étais un peu perdu. Et donc, Article 1, où j’étais, ils partagent qu’il y avait une offre, une bourse pour aller étudier aux Etats-Unis à Berkeley. C’était sur l’entrepreneuriat, je n’y connaissais rien. Je saute sur l’occasion, j’y vais. Et là, justement, par ce séjour-là aux Etats-Unis, je découvre la diversité de profils qui existent. Il y a eu beaucoup d’Asiatiques, beaucoup… beaucoup de Nigériens, et ils échangeaient beaucoup entre eux, et surtout, ils avaient ce côté d’entraide, c’est-à-dire, il y avait des associations musulmanes, LGBT, asiatiques, et mal inter-asiatiques, il y avait les Coréens, les Japonais, etc., et il y avait même aussi les chrétiens asiatiques, bref, il y avait vraiment ce côté d’intersection que je ne voyais pas forcément en France, et moi, à titre personnel, j’allais partout, j’allais voir toutes les associations, même des fois j’allais à l’église alors que je suis musulman, mais c’était juste pour voir comment ils s’organisent. quand même, ils échangent entre eux. Et moi, j’ai pris conscience que ce qui m’intéressait, en fait, c’était vraiment l’éducation. Il ne fallait pas que je m’enferme dans une sphère. Et donc, quand je suis revenu en France, j’ai fait un service civique chez Article 1. J’ai fait, pendant le Covid, j’ai fait des sondages auprès de parents d’élèves, auprès d’élèves. Et j’ai vu qu’il y avait une problématique, c’était le cerveau apprendre à se concentrer. C’est comme ça que je me suis orienté vers les neurosciences et que je suis allé à l’ENS. et quand je suis parti à Princeton une deuxième fois aux Etats-Unis, là c’était vraiment juste pour apprendre. apprendre comment les Américains vulgarisent l’information auprès des jeunes. Donc là, j’avais vraiment un objectif clair. Alors que la première fois, c’était vraiment, je me cherchais.
Armand Cosseron | 27:08.301
C’est super intéressant, justement, cette différence d’approche et la manière dont ça t’a aidé à construire la suite. Et du coup, maintenant que tu es revenu des États-Unis, est-ce que ces missions accomplies, ça t’a aidé à vulgariser ? C’est quoi ton enseignement là-dessus ?
Pierre Amougou | 27:24.474
Je dirais que quand je suis parti aux États-Unis cette année, du mois 2024, Ça a confirmé que j’étais sur la bonne piste, parce qu’en fait, moi, j’avais fait un peu de manière artisanale des ateliers. Mais en fait, il n’y avait personne qui le faisait. Parce qu’en fait, en France, malheureusement, les chercheurs sont dans leur tour d’ivoire et ils ne vont pas forcément aller sur le terrain. Alors que moi, pour faire simple, au début, je faisais mon stage de recherche à la SNCF. J’ai démissionné et j’ai pris le risque de faire mon stage dans le cadre de mon association. Donc, j’allais dans des lycées pros, notamment à Garges-les-Gonesses, et je faisais des ateliers. Et là, j’ai pris une claque parce que les jeunes ne m’écoutaient pas au début. C’était sur Snap, etc. Donc, toutes les théories que je voyais, c’était un peu détruit. Et donc, c’est là où j’ai fait l’approche de passer par le foot, par les mangas, pour transmettre les informations liées aux sciences cognitives. Et qu’après, j’ai fait un mémoire dessus. C’était comment, en fait, on peut diffuser des messages issus des sciences cognitives sans parler de neurosciences. En fait, j’ai vu qu’on n’avait pas forcément besoin de dire le cerveau, les neurones, des trucs hyper complexes, mais qu’on pouvait transmettre les mêmes informations en parlant du sport. sports ou des mangas. Et j’ai vu qu’en allant aux Etats-Unis, ils avaient cette approche aussi, de vulgariser au maximum et de ne pas chercher à montrer que moi, le chercheur, je sais et vous, vous savez rien. Mais plutôt dire, par votre culture, on va créer une connaissance que j’ai pu enrichir par mon expertise en sciences cognitives. Mais sans que l’élève voit une barrière entre le chercheur ou entre l’intervenant élu. Et donc ça m’a vraiment aidé à confirmer ça et après avoir aussi plus d’assises théoriques pour pouvoir enrichir mes ateliers. et là l’objectif justement fin 2025, 2026 c’est vraiment de faire un atelier régulier auprès de jeunes donc là le but c’est de prendre 30 jeunes de Vielle Belle qui vont être en seconde jusqu’au master les accompagner avec des ateliers et après là on a pris 30 étudiants depuis novembre un peu en bêta testeur où là on fait des ateliers aussi pour les accompagner Et est-ce que tu dirais
Armand Cosseron | 29:19.505
Gaëtan aussi tu peux bien sûr répondre à cette question Le fait de partir à l’international, c’est un indispensable aujourd’hui ? S’engager ?
Gaëtan Zhang | 29:28.173
Je reviens du Vietnam dans le cadre d’un séjour avec des jeunes quartiers populaires et faire de l’interculturalité, mais quand j’ai commencé à rencontrer des assos là-bas qui sont sur l’engagement, c’est juste l’accompagnement qui est fait à ces jeunes-là, ils sont au niveau. social, politique et d’éducation qu’il y a à ces pays. Tout n’est pas transposable, en un sens, mais culturellement, forcément, par rapport à mon sujet, il y a beaucoup de choses qui sont transposables, qui sont induites dans la culture. Moi, je n’ai pas dit au début, mais mes parents sont d’origine sino-kmer, donc ma mère est chinoise et mon père est sino-kmer. Et en allant au Vietnam, j’ai de la famille nobile, donc j’ai rencontré ma tante, etc. Je suis allé un peu au Cambodge, tout ça, et en fait, quand je voyais les assos qui s’organisaient là-bas ou qui faisaient de l’éducation, etc. Je… je voyais énormément de similitudes de comportement, d’éducation, d’injonction aussi en même temps. Et donc, c’était archi intéressant pour ça. Mais c’était plus des confirmations qui étaient déjà pour moi en France et qui m’étaient nécessaires. Donc, je ne pense pas que ce soit une nécessité à mon sens, mais ça peut t’aider à faire des choses. Et après, évidemment, tu te poses la question des jeunes là-bas qui vont vivre le changement climatique, justement, est-ce qu’ils n’ont pas plus intérêt à se focuser sur ça plus que sur d’autres choses parce qu’ils vont être les premiers concernés demain, en 2050 ou en 2100 ? Donc, comment… Voilà, il y a vraiment ce truc-là. Et après, la situation sociale, politique, environnementale là-bas est complètement différente. Donc, du coup, il n’y a quand même pas une chose qui s’adapte à leur situation. Je donne un exemple. Dans les incubateurs d’entrepreneuriat social que j’ai vus, notamment au Cambodge, il y avait beaucoup de programmes sur, justement, l’empowerment, sur l’engagement social et surtout sur la question climatique et même sur les médias. Donc, en fait, il y a plein de trucs qui se créent et qui sont déjà existants. En fait, ça se développe au fur et à mesure, à la même vitesse que le pays se développe, on va dire. Et donc, du coup, des fois, ça fait des frictions parce que du coup, c’est pas du tout en lien. Des fois, c’est pas un accord, en tout cas, politiquement. Mais du coup, il y a quand même ce truc-là de… Je trouve que chaque pays a ses enjeux et du coup, c’est des fois transposable par des compétences, mais c’est pas forcément transposable d’un point de vue sociétal surtout, quoi.
Armand Cosseron | 31:51.604
Toi, tu dirais que ça a changé ton regard sur l’engagement ?
Gaëtan Zhang | 31:54.511
Ça a pas changé mon regard, mais ça a donné beaucoup plus d’espoir de voir qu’il y avait autant de jeunes qui faisaient ton programme, tous les nombres de jeunes qui étaient… accompagné, j’avais rencontré des acteurs et actrices de tout ce qui est United Nations, qui font des programmes pour jeunes là-bas, et donc je voyais le nombre de jeunes qu’ils touchaient, je voyais dans quel pays, etc., et j’étais assez surpris parce que du coup, c’est un peu ça, c’était un peu le syndrome du sauveur de je vais dans un pays où je pense que notre pays est beaucoup plus engagé, mais en fait ils sont aussi engagés, et ils ont des produits aussi badass que nous, donc il y a un truc… pour moi qui était juste ça m’a remis une craque d’humilité et je suis reparti avec ça et d’espoir parce que du coup il y a quand même pas mal de gens qui s’engagent et toi Pierre ?
Pierre Amougou | 32:36.307
Je pense un peu comme Gaëtan c’est pas une obligation après je pense que comme il disait au tout début c’est le côté histoire et si par exemple on veut s’engager on vient d’une minorité je pense que ça va dépendre aussi de ce que nos parents nous ont transmis ou non mais je pense que parfois aussi être au clair avec soi-même et savoir d’où on vient ça peut aussi avoir un impact sur notre manière de nous engager. Donc je dirais que ça dépend en fait, faire un peu un état d’élu de soi-même, de se dire où j’en suis au niveau de mon engagement, au niveau de mon alignement avec mon identité. Il y en a peut-être qui n’ont pas besoin d’aller sur place parce qu’ils ont déjà un lien très fort avec leur culture, ou leur double culture. Mais je sais qu’il y en a d’autres, ça peut au contraire être une révélation, de se dire finalement, je ne sais pas, le portrait qu’on a dépéré, qu’on allait… peindre dans l’asiatique ou dans l’africain en Europe, le fait d’aller sur place, de voir qu’il y a eu telle histoire, on a eu des royaumes, on a mis en place tel programme d’empowerment pour nos jeunes. Au niveau politique, on a telle institution qui existait au Moyen-Âge. Ça permet peut-être parfois d’être fier de soi-même, de sa culture, et de ne pas avoir l’image qu’on est issu de l’immigration, on est venu par pauvreté, on doit avoir pitié de nous. Au contraire, on a aussi apporté des choses. Donc ça, c’est vrai que ce n’est pas une question où on peut dire oui ou non. Je pense que c’est vraiment un choix personnel de se dire, dans mon chemin d’engagement, est-ce que j’ai besoin justement de partir pour me trouver, pour me renforcer, pour reprendre espoir ?
Armand Cosseron | 34:05.838
Oui, finalement, c’est assez intime ou propre à la personne. Tout le monde dit, ouais, Gaëtan, vas-y. Moi, je veux reprendre,
Gaëtan Zhang | 34:12.253
parce que c’est un truc qu’on parle beaucoup, nous, de l’engagement à l’international, etc. Mais en fait, l’engagement local, c’est le vrai nerf de la guerre. C’est ce pourquoi… je pense qu’on a autant de difficultés dans notre société, c’est qu’on a vraiment ce truc de, si on vient de territoires qui sont en difficulté, souvent, dans nos cas, on veut partir de là. Et du coup, il n’y a pas ce truc de, on veut redonner au territoire qui nous a fait grandir, où on a été éduqué, etc. Moi, j’ai encore mes parents à Lens, etc. Et moi, dans mes projets, j’espère un jour pouvoir, pas génération pas asiatique, parce qu’il n’y a pas d’asiatique, comme je vous l’ai dit au début, mais dans le projet, qu’il y ait des projets de solidarité qui se recréent dans ces territoires-là, parce que c’est là… On ne peut pas être ni centré sur le national que centré sur Paris, entre guillemets, sur l’île de France. Il y a des grandes villes, il y a des archives, il y a plein d’endroits où il y a ces besoins-là, il y a d’autres cultures, il y a d’autres… savoir-faire, leur réalité, etc. Donc il y a vraiment ce truc-là de l’engagement, c’est pas forcément un engagement avec une ambition nationale, ça peut être un engagement avec une ambition locale et ça sera tout aussi bien et voire mieux même, je pense si on était des milliers et des millions à faire ça à l’échelle locale, on n’aurait pas autant de sujets, je pense, à l’échelle de la société donc au lieu de faire des assos à Paris malheureusement, mais il y a vraiment ce truc-là on oublie ça quoi, vraiment.
Pierre Amougou | 35:30.531
Et j’ai envie de rebondir sur ce que Yvan dit Ce que ça me concerne directement, c’est justement avec l’association Les Mindsetters que j’ai développée. Au début, comme toutes les associations, je me suis dit que j’allais faire un truc gros, avoir des promos nationales, etc. Puis déjà, je me suis rendu compte de la difficulté de désappeler un projet. Mais surtout, je me suis dit, est-ce que tu veux faire une association juste pour dire que tu en as fait une, ou tu veux vraiment avoir un impact ? Et c’est pour ça qu’en fait, là, je vais faire un truc à très petite échelle. Là, c’est un choix que j’ai pris. Il faut vraiment que je connaisse quasiment tous les jeunes. et c’est pour ça que là je veux lancer ce truc à Villers-le-Bel qui est le quartier où j’ai grandi dans un premier temps parce que je me suis dit il faut des grosses associations mais moi pour la partie associative j’ai plus de petite échelle et pour d’autres projets de création de contenu là peut-être être plus dans le grand échelle mais c’est vrai que pour le côté associatif souvent on se dit toujours il faut être très visible faire un truc très gros avec 15 millions de personnes qui sont adhérents mais parfois effectivement quand on a un impact local on va avoir plus de force et on va agir plus profondément créer des tissus plus forts et que ça va semer des graines qui auront un impact plus grand plus tard nous être que eux-mêmes vont créer leur propre association créer une entreprise etc donc je dirais que moi dans mon cheminement associatif c’est vrai que je suis plus ce que Jigga est c’est plus j’essaie d’être plus dans le local et plus de l’échelle ouais
Armand Cosseron | 36:46.687
carrément moi aussi ça fait écho à ce que vous dites il y a un épisode de cette saison 3 qui est dédié à l’engagement local parce qu’on est plusieurs à porter ce discours-là, de se dire, oui… Regardons déjà en bas d’autres rues ce qu’il y a à faire. Souvent, il y a beaucoup à faire. Et c’est vrai que c’est comme ça qu’on va construire un impact durable. Et c’est vrai que tu feras comme plus tard, l’association est domiciliée à Fontignan-la-Perade. Ville semi-rurale, comme ils disent là-bas. 20 000 habitants. Qu’est-ce que c’est semi-rural ? Semi-rural, j’ai découvert ça. Ils ont commencé à faire ça, j’ai dit wow. Tu ne peux pas dire que c’est une zone rurale, dans le sens où c’est quand même plus grand en termes de population, en termes de services. C’est assez connecté à des villes plus grandes comme Montpellier. Et pour autant, il y a moins de… Pareil, c’est des termes très techniques, ceux qu’on retrouve dans les appels à projets. D’ailleurs, il y a moins d’opportunités. C’est comme ça qu’ils appellent ça. Et dans les faits, c’est vrai qu’il y a un seul lycée dans la ville. C’est un lycée agricole. Donc, si tu veux aller faire un bac général, il faut aller dans la ville d’à côté. Mais ça va, il y a un réseau bus, train, etc. C’est quand même bien desservi. Mais c’est vrai que… Moi, je me souviens, quand j’étais à l’école, au lycée, déjà, il y en avait beaucoup qui voulaient arrêter après le bac. Quand on parlait de mobilité, d’aller faire les études supérieures, c’était le réflexe, on va dire, l’instinct, c’était d’aller à Montpellier. Et quand tu voulais voyager loin, tu partais à Marseille. Et aller dans d’autres villes de France, c’était déjà un peu pas trop envisagé. Et voilà, donc c’est ça, je pense, le souvenir rural. Mais après, c’est vrai que c’est du vocabulaire technique, administratif, qui est utilisé par les agents administratifs. Mais tout ça pour dire que Tu Feras Quoi Plus Tard, c’est une association qui est située à Fontigny-la-Perade. On s’est dit, on va développer des actions là-bas. Parce que c’est important aussi de montrer que, je ne sais pas si nous on aura une ambition nationale un jour, mais on a eu le même raisonnement que toi, Pierre, de se dire, on va commencer grand, il faut changer beaucoup de choses dans l’orientation professionnelle, il y a plein de choses qui sont cassées. Et puis aujourd’hui, trois ans plus tard, le constat, c’est de se dire, même quatre ans plus tard maintenant, que l’action locale, l’action sur le terrain, elle aura plus d’effet sur la durée auprès des personnes qui seront accompagnées. Et quitte à se dire, après, demain, il y aura peut-être une portée nationale, mais ce ne sera pas tout de suite, ça prendra du temps. Et après, c’est important aussi de se dire que des associations, des initiatives qui rayonnent au niveau national ne viennent pas forcément du centre de l’Île-de-France ou de Paris. Ça, c’est un autre discours que je porte. Et c’est important aussi de revaloriser les richesses de nos territoires. Et vous, concernant ce qu’il y a des initiatives d’engagement, que ce soit en France, à l’international, au local, au national, qui vous inspirent particulièrement, que vous souhaitez valoriser aujourd’hui, que vous souhaitez partager aux personnes qui sont avec nous, qui sont en train de nous écouter ?
Pierre Amougou | 39:38.893
Il y a Give One Project de Chon Nyon. Moi, je trouve que c’est une initiative forte, parce qu’en fait, Chon Nyon, pour faire simple, c’est un jeune Sénégalais qui est parti aux États-Unis. pour un peu tenter l’aventure. Je crois qu’il a tenté dizaines de fois pour avoir le visa américain. Et à la fin, il a géré la campagne présidentielle de Barack Obama en 2008. Et ensuite, il a créé l’initiative. qui avait pour but non pas seulement d’avoir un impact pour des jeunes africains, mais pour des jeunes partout dans le monde. Et parmi eux, il y avait Moussa Kamara, qui a eu la chance de bénéficier de cette association-là, qui a découvert, qui est allé à Washington, à la Maison Blanche, qui a vu le community organizing, etc. Et quand il est rentré en France, il a créé Les Déterminés. Donc pour une fois, c’est un jeune Sénégalais qui a aidé un jeune Français à avoir l’impact chez lui. Donc je trouvais ça fort. Et c’est un projet que j’aime bien, parce que maintenant, il est à la fois dans le domaine politique, mais va aussi former Des femmes à l’informatique, des femmes et des hommes à l’agriculture, pour vraiment que les Sénégalais puissent être autosuffisants. C’est une personne qui m’inspire et c’est une initiative qui m’inspire parce qu’elle est vraiment, sur le côté, donnée du pouvoir d’agir aux personnes à travers différents sujets, que ce soit l’agriculture, l’informatique ou la politique.
Armand Cosseron | 40:50.957
Super, merci de faire découvrir l’initiative. Soit Gaëtan, est-ce qu’il y a quelque chose ? Par en particulier ?
Gaëtan Zhang | 40:58.979
Quand j’ai fait parlé à cette donnée, j’avais listé 10 assos, donc je pense que je ne vais pas dire les 10 assos.
Armand Cosseron | 41:03.141
Et les nommés sont…
Gaëtan Zhang | 41:06.059
Mais il y a vraiment pas mal et c’est cool de voir que ça continue. Moi, j’en vois deux qui sont vraiment hyper intéressantes. Une que tu connais à un moment qui s’appelle Powa et qui a deux programmes, un programme, une académie d’accompagnement pour les accompagnants à la station professionnelle. Donc ils outillent les personnes qui… accompagnent les jeunes qui sont sur les questions d’assassinat professionnel. Et je trouve que c’est un travail que peu de gens font et que c’est hyper intéressant de faire. Et en même temps, ils ont un programme de mentorat qu’ils ont dans leur association pour accompagner les jeunes de milieux populaires qui sont multifragilisés et qui ont ce besoin de redonner un peu la capacité d’agir, de la confiance en soi, etc. Donc moi, je trouve que la théorie de faire à chaque fois sur les bénéficiaires, entre guillemets, les jeunes, et les personnes qui les accompagnent, et d’attaquer les deux sujets en même temps, je trouve ça hyper intéressant. Et il y a une deuxième asso que j’aime beaucoup, qui s’appelle A4, je ne sais pas si vous connaissez, c’est une asso d’accueil en agriculture et en artisanat, et qui justement donne l’accès, la formation et l’accompagnement administratif aux personnes qui sont papiers de zone rurale ou urbaine, et du coup il les aide à rentrer dans les domaines de l’artisanat et de l’agriculture. et en fait c’est hyper intéressant parce que du coup il y a la question à la fois des personnes qui sont papiers, qui sont issues de différentes migrations etc. et qui en plus mettent les mains dans la terre et travaillent sur ces sujets-là et les aident à les former donc il y a une sorte de réinsertion professionnelle à travers ça et c’est un sujet forcément hautement politique mais aussi je trouve d’utilité publique tout simplement
Armand Cosseron | 42:43.529
Super, merci de faire découvrir aussi ces initiatives-là alors tout le monde n’a pas l’occasion de faire des campagnes de Barack Obama Merci. Disons que j’écoute ce podcast, j’ai envie de m’engager, comment je m’y prends, par quoi je commence ?
Pierre Amougou | 42:59.160
Je pense que la première question à se poser c’est pourquoi on veut s’engager ? Peut-être creuser ce questionnement-là, parce que je pense que ce n’est jamais anodin, c’est de se dire est-ce que je vais m’engager parce que personnellement il y a quelque chose qui me dérange dans mon environnement, dans mon quotidien, ou c’est parce que j’ai vu quelqu’un qui m’a incité à m’engager, est-ce que je suis aligné avec son engagement ? Je pense que la première chose, c’est de faire ce travail-là de clarification pour ensuite vraiment se lancer pleinement dans l’engagement. Parce que je sais que parfois, il y a des gens qui vont s’engager par effet mouton, moutonnier, mais finalement, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas forcément alignés avec ça. Et après, parfois, ils ont un déchirement interne, etc. Donc, je pense que peut-être la première étape, c’est de creuser ça. Après, je dirais que ça dépend de l’âge, mais il y a une phrase qui m’a marqué du docteur Mukwege, l’homme qui répare les femmes, ou qui aide les femmes. pour être violée au Congo, comme les gynécologues. Et il disait, souvent on pense que pour s’engager, il faut être président, il faut être ministre. Mais en fait, s’engager, c’est juste dans son achat. Si vous achetez des portables où la provenance ne vient pas de minéraux qui ont été issus de la guerre, ça, c’est un engagement. Donc je pense déjà, c’est de dédramatiser l’engagement. Ce n’est pas de se dire que c’est quelque chose de gros, mais ça peut être une action qu’on fait au quotidien, par notre consommation, par le comportement qu’on a avec les autres. Si je vais m’engager pour le racisme, ça va être comment je vais m’adresser aux gens. Si je veux m’engager pour le sexisme, la manière dont je vais parler, est-ce que j’ai coupé la parole plus facilement à une femme qu’à un homme, etc. Donc je pense que c’est déjà de se dire que l’engagement, c’est des petites actions qu’on peut mettre en place. Et après, je pense que Gaëtan fera parler d’autres sujets. Mais je pense que si c’est les très jeunes au lycée, déjà rien que ça, clarifier pourquoi on veut s’engager, sur quoi on veut s’engager, et voir quelles sont les petites actions qu’on peut mettre en place au quotidien dans sa consommation et son comportement. Je pense que c’est déjà un premier pas quand on est très jeune pour s’engager.
Armand Cosseron | 44:52.010
Super, il y a plusieurs pistes concrètes que tu proposes.
Gaëtan Zhang | 44:55.151
Je suis assez aligné. Il y a un truc de déjà, et je trouve qu’il y a beaucoup de gens qui ne savent pas qu’ils sont engagés, mais ils sont déjà engagés, c’est un peu ce que tu disais, c’est-à-dire qu’il y en a plein qui vont dans des assos, qui ne se considèrent pas comme engagés, mais c’est l’engagement qu’ils vont faire là, des maraudes, des trucs même à l’échelle d’un quartier ou d’un village. Donc l’engagement, je trouve qu’il est aussi, il ne faut pas non plus le rendre trop, c’est un truc énorme c’est aussi un truc qui est dépeint des petites actions comme tu le disais et après moi je dirais aussi de partir de soi de partir du fait que c’est ce qu’on disait au début quand on s’est présenté on est parti de nos parcours, de nos difficultés de ce qu’on aurait voulu voir pour d’autres ou pour nous et c’est ça qui a poussé notre engagement et je trouve que de juste se situer par rapport à ça de savoir où on a eu des difficultés où est-ce qu’on voudrait aider et partir de ça c’est déjà parce qu’on a tout de suite des difficultés et il y a peu de gens j’imagine qui ont … des parcours très lisses où ça se passe très bien tout le long donc je pense que tout le monde peut avoir un parcours d’engagement à travers ça l’engagement c’est comme l’orientation en fait tu testes un truc et après t’arrives sur un autre truc et t’apprends un truc dans le premier engagement qui t’emmène dans le deuxième, dans le troisième tu rencontres des gens qui te parlent de ça c’est un lieu de sociabilisation et donc par conséquence ça t’amène vers des endroits qui sont plus justes et effectivement il y en a plein qui se disent moi le premier j’ai été dans des assos où je me suis pas retrouvé assez rapidement … mais ils m’ont permis de me dire, ah ok, ça c’est pas ça, et c’est comme dans l’orientation, donc ça c’est pas pour moi, mais peut-être que ça c’est un peu plus pour moi, donc déjà éliminer des choses comme dans l’orientation de ce que je n’aime pas, c’est déjà avancer sur ce que j’aime, donc en fait c’est archi important déjà de faire ce travail-là, je trouve, de juste tester en fait, parce qu’on ne va pas s’engager directement dans l’assaut qui nous correspond le plus, et ni dans le collectif qui nous correspond le plus, on va faire des erreurs, on va se tromper, on va apprendre des choses, et on va avancer donc il y a vraiment ce truc là de Déjà, il faut tester et il faut prendre le risque de tester. C’est tout ce qui compte. Mais comme l’apprentissage, on apprend en faisant et en se trompant. Il faut avancer comme ça, dans ce sens.
Armand Cosseron | 46:56.295
Oui, il y a un côté, je retiens ce que tu dis, c’est ce côté un peu apprendre à s’engager. C’est-à-dire, c’est une méthode, finalement, par itération. On tâtonne, on teste, on regarde la cause qui nous touche le plus. Comme tu disais, il y a la raison qui fait qu’on va s’engager sur une cause plutôt qu’une autre, ou dans un groupe plutôt qu’un autre.
Pierre Amougou | 47:16.586
et ouais un peu ce côté il faut se lancer après il faut voir se jeter à l’eau et apprendre à nager en même temps pour terminer est-ce qu’il y a un message fort que vous souhaitez partager là aux personnes qui sont avec nous peut-être sur le sujet de l’engagement aussi parce que je pense qu’il y a aussi différents niveaux d’engagement c’est-à-dire maintenant ils vont faire leur vie c’est-à-dire leur métier ce qu’ils avaient dans l’engagement etc ou alors il y a des engagements qui ont des coûts si on s’expose pour avoir conscience aussi des conséquences possibles d’osirail conseil aussi, c’est d’avoir conscience de ça. Parce que moi, je sais que dans le domaine de l’éducation, parfois, c’est pas dans le domaine de l’intrusse, mais plus au niveau des grandes écoles. Parfois, j’écris des positions, ça va un peu jouer des tours. Mais après, il faut être solide sur ses appuis, être conscient de ça. C’est-à-dire que si on ose dire à un professeur ou à un directeur que ça, ce que vous faites, c’est pas bien, etc., si ça va pas dans son sens, il peut te le faire payer d’une certaine manière. Et que si on vient d’un milieu modeste… et qu’on perd notre emploi, il faut parfois aussi avoir un plan d’action en se disant d’abord j’ai économisé, je vais voir dans mon réseau si je peux avoir un backup et ensuite prendre position et se dire si je suis viré, de toute façon j’ai déjà mon backup et j’ai déjà économisé. Donc je pense que quand on veut vraiment s’engager de manière très intense, parce que je pense qu’il y a différentes échelles, on peut soit soutenir des gens qui s’engagent pleinement dans le front, donc par des dons, par des likes, des partages sur les réseaux sociaux, des signatures, c’est une manière de s’engager. Après on va faire son métier. Il faut avoir conscience de ça, de l’impact sur la santé mentale. Moi, je pense que souvent, on le néglige. Mais si on voit l’histoire de tous les militants, etc., au niveau de la santé mentale, ils en prennent un coup. Au niveau de la sécurité numérique aussi, parce qu’on peut recevoir… Un truc tout bête, c’était même pas un engagement pour moi, mais je faisais des vidéos sur les réseaux sociaux. Je les passais dans les médias et tout. Et je recevais chaque matin, pendant une époque, des insultes racistes. T’es un singe ! Mais moi, je m’étais préparé mentalement. C’est-à-dire, je savais que… en venant sur les réseaux, être un noir qui parle des sujets d’éducation, de réussite et tout, je savais qu’on allait m’attaquer et j’ai des amis qui sont pas préparés et eux ça les a vraiment atteints psychologiquement, donc faut se préparer à l’ère des réseaux sociaux à se dire que plus tu es exposé plus tu parles de sujets qui dérangent plus tu risques d’en prendre beaucoup et ça on néglige, on se dit juste c’est bien, t’as beaucoup d’abonnés ou t’as beaucoup d’impact, mais je pense que je ne vais pas donner des noms, mais beaucoup de gens qui s’en dirigent politiquement, quand on voit ce qui se passe sur Twitter, il y en a, on voit même chez eux, il faut avoir ça en tête, et il n’y a pas de honte et de culpabilité à se dire je ne suis pas prêt à ça. parce qu’on n’est pas là pour prendre tout le fardeau du monde. On est un collectif, seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. Mais chacun a son degré de tolérance. Donc je dirais vraiment, quand on veut passer l’étape supérieure, vraiment prendre conscience de ces risques-là qui sont souvent négligés.
Armand Cosseron | 50:09.834
C’est assez choquant de voir le type de réaction qu’il y a eu. En plus, tu l’as dit, les positions que tu as prises n’étaient pas des sujets qui dérangent.
Pierre Amougou | 50:20.436
Et des deux côtés, c’est-à-dire, c’est le racisme, entre guillemets, je ne vais pas dire les termes, mais des gens du GF qui vont m’attaquer, mais aussi des gens noirs, si je dois faire simple, qui m’attaquent aussi en disant, par exemple, pourquoi tu fais tant d’efforts pour bien parler français ou faire des bonnes études, ce n’est pas pour les noirs. Donc en fait, des gens qui ont interrogé des clichés, ils pensent qu’ils combattent le racisme, mais en fait, tu vas prendre dans les clichés. Donc dans les deux côtés, donc ça, ce n’était pas forcément prévu, mais j’étais dans les attaqués des deux fronts. après moi personnellement je l’ai bien vécu comme je le dis je me suis préparé mentalement tu peux nous dire un peu comment tu t’es préparé à ça ? déjà j’ai pris mon temps pour venir sur les réseaux j’ai échangé avec des gens qui étaient sur les réseaux je regardais leurs commentaires et je me suis dit conditionné en me disant qu’au pire je sais pas comment dire en fait je me suis dit on va m’insulter on va faire des collages avec mes vidéos j’en ai parlé à mon entourage pour avoir un peu un entourage qui me soutient etc qui répond aux commentaires etc donc j’ai pris du temps je sais pas moi je suis venu sur les réseaux en 2022. Donc, je ne sais pas, j’ai vraiment pris mon temps. Et voilà, je pense que c’est surtout ça que j’ai fait. Et prendre du recul, ça veut dire que je ne prenais jamais les choses personnellement. Et je pense que je suis arrivé à un niveau où, en fait, j’étais sûr de mes compétences. C’est ça qui m’intéressait. Je n’étais pas à se faire mon apparence ou autre. Donc, je m’en foutais un peu qu’on se moque de certaines choses. Mais je me disais que si j’étais excellent dans mon domaine, ils ne pourront jamais, entre guillemets, me taquer sur ce côté-là. Ils vont chercher à m’attaquer sur d’autres choses. Mais moi, au contraire, je montrais que je m’en foutais, au contraire, que ça faisait même rire. Et de même, des fois, ils arrêtaient, j’ai moins ce problème-là. Mais je pense que faire simple, c’est comme ça que je me suis pris par le nez.
Armand Cosseron | 51:57.380
Bravo pour ton courage. C’est vrai que ça nécessite du courage pour ta sagesse, ou en tout cas, ta résilience par rapport à ça. Et toi Gaëtan, est-ce qu’il y a un message en particulier que tu souhaites partager avec les personnes qui sont avec nous ?
Gaëtan Zhang | 52:12.637
Déjà, effectivement, je bois un peu tes paroles sur le fait que c’est… c’est très compliqué d’être public et pour le coup vous deux vous êtes très public sur ces sujets là et c’est quand même un risque enfin c’est un risque de malade en vrai individuel moi justement c’est un truc que je refuse de plus en plus d’être public entre guillemets parce que c’est un outil qui est nécessaire mais que moi j’ai tellement du mal à passer cette barrière justement de l’anonymat etc donc je comprends tout à fait et je le fais là aujourd’hui mais j’ai l’impression d’être dans un cercle plutôt et c’est plus simple dans cet exercice là que dans d’autres exercices à mon sens moi je dirais qu’il y a quand même un truc de De ne pas oublier d’où on vient. On est où on est grâce à plein de personnes. Et l’engagement, c’est le fait de redonner justement parce qu’on a été bénéficiaires de certaines choses, de certaines associations, de personnes qui nous ont aidés, qui ont pris le temps de nous aider. Il ne faut jamais oublier ça parce que justement, tu parlais de l’individualisation un peu tout à l’heure, des personnes qui font leur parcours et qui partent dans les grandes études, etc. Il ne faut pas oublier d’où on vient parce que nos parents n’ont pas oublié d’où ils venaient ils sont venus, ils étaient en galère et on les a aidés Et moi, je leur rappelle toujours que c’est grâce à eux que je suis maintenant. Donc, il y a un peu cela de même pour les prochaines générations. S’ils n’ont pas la chance d’avoir les cercles que nous, on a, il ne faut pas oublier d’où on vient. Et donc, du coup, cette rigueur, cette discipline de se rappeler toujours d’où on vient, elle est archi importante parce qu’elle crée justement cette colonne vertébrale qui va te mener à être constant sur ton engagement. Et de la même manière, justement, en n’oubliant pas d’où on vient, on n’oublie pas qu’on a été aussi, ou nos parents ont été dans des galères extrêmes. Et donc, il ne faut jamais oublier les personnes qui sont les plus marginalisées, les plus en difficulté, et que c’est eux qu’on doit aider in fine, parce que sinon, on rééquilibre. Tu parlais d’égalité des chances, on rééquilibre quoi ? Il n’y a pas d’égalité des chances, parce que du coup, il y a juste égalité des chances auprès de personnes qui ont déjà réussi ou qui ont un capital un peu plus important sur certaines choses.
Armand Cosseron | 54:00.328
L’égalité des chanceux.
Gaëtan Zhang | 54:01.609
Oui, c’est ça exactement. Donc, il y a ce truc-là de constamment cultiver cette discipline d’aller chercher les personnes qui sont vraiment les plus en difficulté. Et du coup, c’est un taf, quoi. Enfin, on va pas se mentir, c’est… plus dur d’aller chercher des personnes qu’on touche pas dans notre premier cercle, dans notre première cible, et qui sont les plus moins gênésées et cette discipline-là a constamment le fait et c’est pas évident mais c’est un taf, c’est comme penser la question de la parité constamment dans les états-membres mondes qu’on organise des événements, la discussion des paroles, des places, comme on l’a fait là comme on l’a fait là,
Armand Cosseron | 54:32.651
En tout cas c’est le seul épisode où il n’y a pas de femmes qui sont présentes Dans la saison 3, il y a plus de femmes qui s’expriment.
Gaëtan Zhang | 54:39.452
En plus, c’était pas shoot or a tear. Mais tu vois, c’est tous ces trucs-là, mettre en exergue des personnes qui sont pas représentées dans la société, les personnes queer, les personnes trans, etc. Il y a vraiment ce truc-là de représenter des personnes… qui sont les plus… Aider à représenter les personnes qui sont les plus marginalisées. Et c’est aussi pour ça que le deuxième projet, il pense aux jeunes de classe populaire parce que l’idée, c’est de chercher les jeunes qui sont vraiment vraiment vraiment de classe populaire et qui ont ce truc-là. Et après, c’est toujours difficile de trouver les personnes qui sont les plus marginalisées dans ça mais on essaie de le faire. Et il y a vraiment cette idée-là de se dire cette discipline-là, elle est importante parce qu’elle ne te pervertit pas dans ton engagement en fait. C’est juste ça. et l’engagement c’est pas une fin pour soi c’est une fin pour les autres et du coup il y a un truc de de bien redonner aux entre guillemets aux bonnes personnes et d’être discipliné là dessus et je trouve ça c’est le truc le plus important à mon sens dans l’engagement parce qu’on se perd très vite dans le truc de bah on va exister et on veut pas recréer du pouvoir collectif on va créer du pouvoir individuel mais ça n’a aucun intérêt du pouvoir individuel si demain moi je pars vivre en Asie, qui a le pouvoir de continuer bah c’est les personnes que j’aurais aidé et que j’aurais mis au… j’aurais mis dans ces espaces-là pour qu’ils puissent avoir eux-mêmes le réseau, les compétences et la compréhension de ce sujet-là. Moi, c’est vraiment ce sujet-là qui m’importe, c’est de créer le pouvoir collectif des personnes qui sont vraiment les plus en difficulté.
Armand Cosseron | 59:20.375
Et donc pour conclure, Gaëtan, si on veut te retrouver, on va où ?
Gaëtan Zhang | 59:25.375
Plutôt l’association Génération Pan-Asiatique sur Instagram. Pour l’instant, on aura un site internet.
Armand Cosseron | 59:40.497
Ça marche trop bien merci et toi Pierre où est-ce qu’on te retrouve ?
Pierre Amougou | 59:56.239
sur LinkedIn : “Pierre Amougou” ça dépend des sujets en fait c’est une brèche de dire ça c’est une brèche de dire ça je pense pour les sujets dans ta chose scolaire vu que l’épisode sort dans plusieurs mois ne parle pas d’âge parce que c’est une média où je vais essayer justement de partager des parcours différents et des métiers différents et des études différentes sous un format ludique. Donc je pense que c’est le plus pertinent de me parler sur Instagram.
Armand Cosseron | 60:26.679
C’est vrai que tu as cette initiative aussi qu’on n’a même pas évoquée dans cet épisode. Mais comme ça, ça donne envie aux personnes qui sont avec nous d’en savoir plus et d’aller voir ce que tu fais. Trop bien. Merci à tous les deux. Merci pour cet échange.
Pierre Amougou
Merci à toi. pour la suite de vos aventures.
Gaëtan Zhang | 60:46.756
Yes, à bientôt.
Armand Cosseron | 60:51.041
Merci beaucoup pour avoir écouté cet épisode. Nous l’avons conçu avec passion pour que tu puisses vivre de la tienne. Merci à nos formidables invités, à Louane pour m’avoir accompagné dans sa conception et à Alice pour le montage sonore.
Louanne de la Motte | 61:04.096
J’espère que l’épisode te permettra de porter ton engagement encore plus loin. Et tu peux déjà t’engager en likant, commentant ou tout simplement en nous disant ce que cet épisode t’inspire. Tu connais forcément des gens qui ont besoin de l’écouter. Partage-leur cet épisode, ça te prendra un instant et ça leur fera plaisir.
Armand Cosseron | 61:20.713
Et poursuivons la conversation. Rejoins-nous sur LinkedIn, Instagram et TikTok. L’engagement se construit ensemble et nous avons plein de victoires collectives à aller chercher. A très bientôt avec Tu feras quoi plus tard.
2 PETITES CHOSES AVANT DE PARTIR ❗️
👉 Dis-nous ta vision de l’engagement sur Instagram ou LinkedIn ! 💌
👉 Partage l’épisode à la personne à laquelle il te fait penser ! 👨❤️👨💡

